' À corps perdus - Hervé Lesieur
logo

À corps perdus

À corps perdus

Du 16 mars au 20 aout 2018 au Musée des Beaux Arts d’Arras.

Commissariat : Mélanie Lerat
Photographies : Olivier Despitch

 

Cette exposition est le fruit d’une résidence de six mois de l’artiste Hervé Lesieur au musée des beaux-arts et à L’être lieu à Arras.
Les œuvres d’Hervé Lesieur sont polymorphes, composées de performances, de dessins, de sculptures. Elles associent une recherche sur des matériaux rarement utilisés dans l’art de cette manière (métal, os, latex, résine, etc.) à une exploration des techniques tantôt anciennes comme la dorure ou l’argenture. La confrontation souhaitée entre techniques sophistiquées et matériaux rudimentaires (savon, éléments industriels, etc.) interroge toujours plus avant la notion d’œuvre d’art. Hervé Lesieur entretient un lien étroit d’inspiration tant matériel qu’intellectuel, avec les œuvres du passé, et notamment celles du Moyen Âge.

Le thème du corps et de l’incarnation est le fil conducteur de l’exposition. Les notions de sacré, de profane et de fantastique, sont abordées à travers un parcours mêlant œuvres contemporaines et anciennes. Certaines, produites par Hervé Lesieur pour l’exposition ou sorties spécialement des réserves du musée, sont inédites.

L’exposition rassemble une grande variété d’objets (sujets, époques, matériaux, formes, dimensions, couleurs). Ils dialoguent, s’associent ou se confrontent à mesure que le regard intuitif de l’artiste les sélectionne et les agence de manière inédite et sensible. Résolument vivant, le musée devient le laboratoire de l’imagination et de la créativité.

 

Corps sacré

Dans cette partie de l’exposition, il s’agit moins d’interroger l’art sacré que la nature des traces du sacré. La mythologie antique et les sujets religieux forment en art un système référentiel, un répertoire codifié (iconographie, formes, matériaux notamment) qu’Hervé Lesieur interroge, perturbe et actualise en alliant gravité et humour. Si l’artiste ne produit pas d’œuvres religieuses, il est mû par une recherche spirituelle, une réflexion sur l’état du monde, son histoire et son devenir. Il questionne la place de l’artiste et affirme la relation immédiate et empathique de celui-ci avec le monde qui l’entoure.

En articulant le visible et l’invisible, la matière et l’immatériel, le dicible et l’indicible, le corps sacré explore des thèmes possibles comme la vie et la mort, la croyance, la souffrance, l’amour de l’autre et la condition humaine. Signe des temps, ces réflexions, absentes de la plupart des œuvres de la seconde moitié du 20e siècle, sont omniprésentes dans la création plastique depuis les années 2000.

 

Corps profane

Cette deuxième section explore le corps comme matière tangible, terrestre, qui se montre et se ressent de manière concrète. Les cinq sens – le toucher, l’ouïe, la vue, l’odorat et le goût – se retrouvent plus ou moins explicitement dans chacune des œuvres. La sensualité qui s’y rapporte, omniprésente, se traduit tout à la fois par la beauté, le désir, la séduction, les plaisirs et leur exaltation, comme à l’âge d’or, moment de jouissance et d’abondance totales.

Cette réalité terrestre est aussi celle de la fragilité d’un corps limité aux plaisirs éphémères. Le corps s’affirme ainsi comme « le premier moyen de jouissance, le premier objet de spectacle mais également le premier sujet de défaillance. » (Jean Cuisenier).

S’appropriant et actualisant l’incarnation du corps profane, Hervé Lesieur explore le mouvement des corps (sculpture machine, performance) et engage pleinement celui du visiteur dans une expérience physique face aux œuvres. Son expérience de scénographe de théâtre lui permet de manier l’humour et la distanciation dans l’expression des splendeurs et misères du corps humain.

 

Corps fantastique

En donnant libre cours à son imagination, l’artiste invente un espace de fiction. Celle-ci peut être proprement fantastique, peuplée d’êtres irréels et de phénomènes surnaturels, perturbant et dépassant les strictes lois de la nature. Le corps fantastique est transformé, fragmenté, prolongé, métamorphosé. Objet d’inquiétude et de fascination, il introduit le doute face aux lois naturelles, seules explications sensément admises par tous. S’agit-il seulement du simple plaisir de jouer à se raconter des histoires, à se faire peur avec des histoires toutes chimériques ou est-ce l’expression d’une réalité autre ?

L’animalité et l’humanité se rapprochent, se contaminent et se confondent : en humanisant l’animal (zoomorphisme) et en animalisant l’être humain (anthropomorphisme), l’artiste révèle des traits physiques ou moraux (la force, la violence, l’instinct, la fragilité etc.). Il s’agit de s’identifier à un animal, devenu miroir révélant l’être humain lui-même, et de chercher à acquérir une de ses qualités comme la capacité de voler qui fascine tant l’homme.

L’hybridation des corps (ange, démon, centaure, créatures des marginalia) aiguise l’attraction quasi voyeuriste du regard pour l’incongruité et l’étrangeté du monstre imaginaire obtenu, reconnaissable ou informe. Ce monstre génère, tout autant que le rejet, la mise au ban.

Parmi les références d’Hervé Lesieur, on cite volontiers les contes et traditions populaires peuplées de fées et de dragons, les écrivains Jules Verne Raymond Roussel… ou les cinéastes Fritz Lang David Cronenberg…

Mélanie Lerat

 

Textes écrits en relation avec l’exposition :