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Dimensions : l’ensemble sculpture-socle : 300 cm x 210 cm, 50 cm ; la sculpture : 175 cm x 100 cm x 50 cm
Matériaux : le socle : acier ; la sculpture : pâte à papier, sciure de bois, bois, laiton, acier
Photographies : Olivier Despitch
Dans la Théogonie d’Hésiode, et plus précisément dans l’épisode de Mékoné, Prométhée, le Titan de la mythologie grecque, défenseur des hommes contre les dieux, offre à Zeus des os recouverts de graisse, comme la plus belle part du sacrifice destiné à déterminer la place respective des hommes et des dieux. Zeus, se voyant trompé, se venge et prive les hommes du feu. Prométhée utilise une ruse à nouveau, il vole le feu pour le donner aux hommes. Pour cela, il sera enchaîné à un rocher avec des rivets sur le Caucase.
La figure de Prométhée incarne la résistance des hommes face aux dieux qui veulent les maintenir sous le joug de leur pouvoir. Entre le troisième siècle avant Jésus-Christ et aujourd’hui, le mythe n’a cessé d’incarner les contradictions de la liberté humaine : l’homme se distingue des autres créatures par sa capacité à raisonner et à créer, c’est pour cela qu’il est appelé à souffrir. Dans l’exégèse du mythe à la Renaissance, le feu créateur devient le symbole de l’habileté artistique.
La sculpture de Prométhée est perchée sur un rail métallique de trois mètres de long comme sur son rocher. La matérialité de son socle évoque la forge et son univers sonore. Le Titan est présenté dans un matériau dérisoire et particulièrement inflammable, le papier. Sa fabrication sommaire laisse apparaitre les bavures de l’assemblage des parties réalisées à partir d’un moulage, traduisant la fabrique de l’humain dans un processus sériel. De sa bouche grande ouverte, on perçoit la circulation de l’énergie produite par la chaleur du four incandescent qui fait office de ventre. Le noir de fumée semble s’en échapper. Le ventre est ouvert car le supplice du Titan est d’avoir le foie perpétuellement dévoré.
L’intelligence, la révolte, le progrès, l’industrie, sont les marques de l’autonomie des hommes mais mènent à la surchauffe de l’activité humaine et de ses conséquences. La modestie du matériau face au feu met en jeu la question des limites de l’humain et de la connaissance, qui n’empêche pas le destin de destruction de s’accomplir, à travers la tragédie de la condition humaine : tout comporte son revers, tout le bien a le mal pour envers.
Patricia Marszal