' Texte de présentation - Hervé Lesieur
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Texte de présentation

     Dans les premières sculptures mécaniques d’Hervé Lesieur des années quatre-vingt, le corps humain est conçu comme une machine mue par des sources d’énergies.Toutes les pièces à l’origine du travail de l’artiste sont des systèmes conducteurs. Ils soufflent, ils suintent, ils s’écoulent, ils s’affaissent, ils pompent, ils pulsent… Les interfaces entre les pièces conduisent, transportent, alimentent, nourrissent par des canules, tuyaux, cathéters, moteurs, autant de métaphores du vivant ou de tentatives de faire vivre l’inanimé.

     Les pièces issues du patrimoine industriel, notamment des moules en bois, matrices pour créer des parties mécaniques de machines textiles, lui offrent également un répertoire de formes multiples anthropomorphes. L’artiste sublime ces sources d’inspiration détournées de leur origine, en créant des représentations religieuses ou mythologiques.

     On perçoit dès lors l’intérêt d’Hervé Lesieur pour Eros et Thanatos, pour la création comme lutte contre l’immobilité, le figé, le stable, l’immuable. Aussi n’est-il pas curieux qu’il emploie dans ses sculptures récentes ce qui reste de ce qui a été vivant, le corps lui-même, ou plutôt ses reliques. Son jardin lui offre naturellement ces matériaux disponibles, sa maison étant construite sur le cimetière d’une ancienne abbaye. Ainsi, une part de sa production artistique construit des dialogues entre l’os et d’autres éléments issus de la terre ­: or, nickel, cuivre, plomb, bois, marbre, façonnés à dessin pour servir d’écrin, de socle, d’autel, de dispositif de présentation des fragments de squelette modifiés. Dans l’esprit des transis médiévaux, l’ironie le conduit même à sculpter son portrait gisant, en savon de Marseille soumis au aléas du temps et des conditions thermiques.

     Dans ses sculptures récentes, bien qu’immobiles et homogènes, une perce­ption figée n’est jamais possible. En quittant l’énergie électrique comme source de mouvement , il poursuit néanmoins l’idée de variabilité de la sculpture dans le temps par l ‘appréhension fragmentée et successive des parties visibles, offertes au gré du déploiement des dispositifs de monstration. Car ses systèmes sont désormais des boîtes variables, dépliées, des jeux de construction, d’emboîtement, d’articulation qui permettent des présentations variées au mur, ou dans l’espace. Ouverts, partiellement ouverts, ou fermés, ils présentent des vues sans cesse différentes de la sculpture comme dans les cérémonies sacrées basées sur le discours secret, le mystère comme nous le donnent à voir les retables du Moyen Age ou de la Renaissance. Tantôt totem vertical et proposant des ouvertures successives comme dans l’Homme Serpent, tantôt tabernacle comme dans Narcisse, sorte de table sacrificielle déployée en forme de croix, Retable, comme dans L’Annonciation ou La saison des anoures, dévoilant des détails différents selon l’ouverture des panneaux de bois peints ou sculptés. La boîte et ses corollaires renvoie à la performance inaugurale réalisée en 1979, Le voyage en caisse, lors de laquelle l’artiste envoie son propre corps comme sculpture dans une caisse de transport postal et effectue un trajet de trente-six heures pour se rendre jusqu’au lieu d’exposition de son œuvre .

     Les connaissances scientifiques portées aujourd’hui sur la matière redéfinissent le regard de nos contemporains par les notions d’onde, de particule, d’atome, de mouvement. Mais celui-ci reste nourri de représentations anciennes lui conférant une dimension symbolique, spirituelle, voire sacrée. C’est dans cette multiplicité de points de vue qu’il convient d’appréhender les matériaux et les formes dans les œuvres d’Hervé Lesieur.

Patricia Marszal