' Du désir d'être un monstre 1982 - Hervé Lesieur
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Du désir d’être un monstre 1982

Du désir d’être un monstre

La pluralité des directions prises parle travail d’Hervé lesieur nous amène à réfléchir sur la dimension fantasmatique des éléments composants de son repas électrique.

Par son pouvoir d’imagination, il perpétue le caractère ludique de ses réalisations précédentes. En effet, tout le jeu de l’artiste se situe dans les diverses et parfois peu sûres manipulations électriques, et peut-être plus encore dans le pouvoir qu’il s’est octroyé de simuler à sa guise des situations dangereuses afin que le regardant ne sache plus véritablement s’il existe un lien direct entre les manifestations de sonneries hystériques et de lumières clignotantes, et la réaction physiologique aperçue sur le corps de l’expérimenté. Que cette réaction se traduise par un léger pincement des lèvres, par la chair de poule, provoquée par les radiations issues de tubes mauves branchés sur le courant électrique, par un tressaillement brusque du corps, ou par la perception à l’intérieur de la bouche, contre les dents et la langue humide de vibration de courant, courtes mais réitérées.

En réalité Hervé Lesieur est à la recherche d’un univers sensualiste. La tension est maintenue pendant toute la durée du repas, grâce aux effets de chocs gustatifs. C’est, non seulement le courant électrique, mais encore la masse flasque et tiède à peine parfumée à la pistache du « gelli « et la multiplicité croquante et glacée de petits œufs d’esturgeon, qui provoquent chez la victime une sensation de malaise biologique et nerveux – conséquence de l’agression exercée par les contrastes gustatifs et par les secousses électriques.

Il est impossible d’établir l’inventaire de toutes les perceptions olfactives, auditives, ou kinesthésiques.

Les différents stimuli sont apparents plus particulièrement au niveau visuel. Ces stimuli colorés dont la dominante est le noir, leit motiv des compteurs, s’exercent au niveau de petites masses sombres qui délimitent l’espace en le rendant clos.

Ils se traduisent encore par l’organisation en masse des plans qui entourent l’espace.

D’autre part, le composant lumière intervient à partir du centre du plafond essentiellement, et se trouve diffusé par les lampes murales polychromes placées latéralement.

Il existe néanmoins une ambiguïté dans cette affection d’Hervé Lesieur pour la vie sensorielle. En effet, les personnages de l’expérimentation se préservent de toute émotion déclarée. Seuls sont alimentés d’énergie les bras qui reproduisent le geste essentiel de la prise de nourriture et le mouvement du regard s’inspire des oscillations saccadées des ampèremètres, des voltmètres, compteurs et autres appareils sophistiqués. Comme si c ‘était la machine qui commandait à l’individu…

L’artiste prend possession d’un espace donné et l’investit comme un univers de laboratoire. Nous conte-t-il une simple histoire à la Jules Vernes, ou réalise-t-il le désir latent d’être un monstre ? Son comportement nous laisse le deviner.

Manipulateur d’existences humaines, il associe l’individu comme dans la tradition du théâtre expressionniste aux fonctions du corps objet, en mettant en valeur une atmosphère de tension et de souffrance comprimée. Dans ce sens, on peut voir dans le travail de l’artiste la réminiscence d’une époque révolue, où l’expérimentation de faisait sur l’être humain, sans crainte de représailles, le réduisant ainsi à l’ultime témoin du pouvoir absolu d’un individu ou d’un groupe d’hommes, sur un autre individu ou un autre groupe d’hommes.

On peut noter encore dans le travail du plasticien, la présence de minuteries appelées excitatrices dont l’énergie électrique s’avère à la fois dangereuse et incontrôlable comme la présence de la femme sans laquelle le jeu peut se faire.

Machine érotique, ludique, visionnaire…On y croit, et l’espace de la performance se trouve tout empreint d’une réalité saisissante.

Patricia Marszal